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Le monal, symbole de l'Etat d'Himachal Pradesh

Le monal de l'Himalaya
symbole de l'Etat d'Himachal Pradesh

HIMACHAL PRADESH

 

 

 

7 avril 2009

Présentation synthétique

L’Himachal Pradesh est un Etat du nord-est de l’Union Indienne. Plus étendu que la Suisse (55.780 km² contre 41.290 km² pour la Suisse), l’Himachal Pradesh est limitrophe des Etats indiens du Jammu-et-Cachemire au nord, du Punjab à l’ouest et au sud-ouest, de l’Haryana et de l’Uttar Pradesh au sud, de l’Uttaranchal au sud-est et de la Chine à l’est. Le terme "Himachal Pradesh" signifie "pays des monts et des neiges" et cet Etat est également connu sous le nom de Deva Bhoomi (terre des dieux).

La civilisation aryenne a marqué la région dès l’ère védique (9ème-7ème s. av. JC). Lors de la poussée expansionniste Gurkha (1804-1809), les petits royaumes de la région perdirent leur souveraineté au profit de leurs protecteurs sikhs du Punjab puis passèrent, en 1857, sous le contrôle de la Compagnie des Indes Orientales et enfin de la Couronne britannique. En 1948, les territoires désignés collectivement sous le nom de Punjab Hill States, au nord-est, et de Shimla Hill States, au sud-est, sont devenus indiens et après une vingtaine années de réformes administratives, l’Etat d’Himachal Pradesh trouva ses dimensions actuelles (1966) pour être reconnu le 25 janvier 1971 comme le 18ème Etat à part entière de l’Union indienne.

L’altitude de l’Himachal varie de 450 mètres à 6.500 mètres au-dessus du niveau de la mer. La capitale de l’Etat est Shimla (autrefois capitale d’été de l’administration britannique) et les autres villes importantes sont Una, Solan, Dharamsala, Kangra, Mandi, Chamba, Hamirpur, Dalhousie et Manali.

L’Himachal Pradesh possède un revenu moyen par habitant parmi les plus élevés en Inde. Grâce à la présence de cours d’eau abondants tout au long de l’année, l’Himachal vend de l’électricité à d’autres Etats de l’Union tels que Delhi, le Punjab et le Rajasthan. L’économie de l’Etat repose en grande partie sur trois sources de revenus : l’énergie hydro-électrique, le tourisme et l’agriculture.

95% de la population d’Himachal Pradesh est constituée de communautés de culture hindoue, principalement des Brahmins, des Rajputs, des Kannets, des Rathis et des Kolis (originaires de régions plus au sud). Les habitants d’Himachal Pradesh sont réputés honnêtes, craignant Dieu (« God fearing people ») et, selon une enquête réalisée en 2005, au deuxième rang des Etats les moins corrompus après le Kerala.

Sommaire:

- Histoire d'Himachal Pradesh
- Données géographiques
- La flore et la faune
- Economie
- Population
- Culture
- Art, architecture, artisanat
- Un système religieux original

Histoire d’Himachal Pradesh
(extrait du « Grand guide de l’Inde du nord-ouest », Gallimard – traduit de l’anglais (collection Insight Guides des éditions APA) et adapté par Carisse Beaune, Gérard Busquet et Pascale Dolfuss, ethnologue au CNRS : la référence la plus sérieuse sur cette région)

"Seules de rares et fragmentaires sources historiques (vestiges archéologiques, textes ou matériaux épigraphiques) permettent de reconstituer l’histoire ancienne de l’actuel Himachal Pradesh. Les outils en pierre (haches, hachoirs, fendoirs, grattoirs) retrouvés sur des sites proches de Kangra, Bilaspur, Suket et Simur font remonter à environ 40.000 ans les premières traces de culture dans les Siwaliks.

Vers 3000-1750 av. JC, des populations de langue munda, connues dans la littérature védique sous le nom de Dasa, se seraient réfugiées dans la région sous la pression grandissante de la « Civilisation de l’Indus ». Venant de la plaine gangétique, elles auraient progressé vers la grande chaîne, s’implantant par colonies successives, peut-être jusqu’aux basses vallées du Kinnaur, du Spiti et du Lahaul.

Vers 1500 av. JC, les Kasha, population de langue indo-aryenne venue de l’Hindu Kuch et du Pamir, auraient envahi le bas pays himalayen et subjugué ses premiers habitants, s’établissant peu à peu dans toutes les vallées qui jalonnent la bordure méridionale de l’Himalaya. Les hautes castes d’agriculteurs, connues sous le nom de Kanet, qui représentent aujourd’hui près de 60% de la population du sud d’Himachal Pradesh, se rangeraient au nombre de leurs descendants.

Des temps les plus reculés à l’indépendance de l’Inde, le "pays des monts et des neiges" devait rester dans l’orbe d’un pouvoir étranger : maurya, gupta, varshadana, moghol, sikh, gurkha et enfin britannique, pour ne citer que les principaux. Mais à l’échelle locale, l’autorité était entre les mains des seigneurs ou de roitelets, qui bénéficiaient, dans les limites plus ou moins restreintes de leurs fiefs, d’une indépendance de fait.

Les Janapada

Jusqu’au début de notre ère, l’histoire de la contrée fut marquée par la présence de tribus montagnardes, mentionnées par les Purana et le Mahabharata sous le nom de Janapada. La découverte de pièces de monnaie frappées à leur nom a permis de localiser les plus importantes d’entre elles. Le territoire des Kuninda s’étendait des rives de la Sutlej à celles de la Yamuna, à travers le Kinnaur, les districts de Shimla et de Sirmur ; celui des Kuluta englobait la haute vallée de la Beas, tandis que les Trigarta et les Audambara régnaient les uns à l’est, les autres à l’ouest de Kangra. En l’absence de vestiges archéologiques, il est difficile d’imaginer leur mode de vie, mais l’emploi de monnaie d’argent et de cuivre implique une certaine intégration de ces sociétés tribales et des échanges développés.

Seigneuries et premiers royaumes

Les premiers siècles de notre ère virent la coexistence de chefferies locales et l’émergence des premiers royaumes. Vers 635, selon le témoignage du pèlerin chinois Xuan Zang, le bouddhisme jouissait d’une certaine prospérité dans la région. Ainsi, le royaume de Kangra, vassal de Harshavardhana de Kanauj (maître du dernier empire stable de l’Inde prémusulmane), comptait une vingtaine de temples et de monastères bouddhiques. Dans le royaume prospère de Kullu, fleurs, fruits et plantes médicinales se trouvaient en abondance.

Le pouvoir politique était morcelé entre des dizaines de petites principautés, sur lesquelles on dispose de quelques informations grâce aux chroniques royales (les vamsavali) et aux inscriptions provenant des stèles ou de plaques de cuivre. Roitelets (rana) et seigneurs (thakur), régnant parfois sur des fiefs minuscules, renforçaient progressivement leur autorité en subordonnant ou en éliminant les chefferies voisines.

Loin d’avoir toutes des assises locales, nombre de ces principautés avaient été établies par les cadets ambitieux de lignées originaires des plaines ou des royaumes voisins. L’un des premiers à s’établir dans les montagnes de l’Himachal Pradesh fut Raja Meru Varman, se réclamant de la lignée rajput des Suryavamshi, "descendants du Soleil". Au milieu du VIe siècle, il fit de Brahmapura (Bharmaur) la capitale de Chamba. Ce royaume s’agrandit considérablement au Xe siècle sous le règne de Sahila Varman, qui transféra le siège du pouvoir à Chamba et érigea de nombreux temples.

La principauté de Bilaspur fut fondée vers 900 par Raja Bir Chand, de la lignée des rajas de Chanderi, et celle de Suket en 1211 par Raja Vir Sen, descendant de Ladshman Sen de la dynastie Sena du Bengale. Quant au puissant royaume de Sirmur, il fut établi par un membre de la lignée royale de Jaisalmer, au Rajasthan. Les frontières de ces Etats, sans cesse en guerre les uns contre les autres, changeaient au fil des conquêtes et des revers militaires, terres et populations passant presque à chaque génération sous des autorités différentes. Jusqu’à l’arrivée des Britanniques, au début du XIXe siècle, aucun royaume (sauf, peut-être, Sirmur) ne réussit à asseoir durablement son pouvoir.

L’invasion gurkha et la tutelle britannique

Entre 1804 et 1809, dans leur mouvement d’expansion qui les conduisit, vers l’est, à annexer le Sikkim et, vers l’ouest, à assujettir le Kumaon, les Gurkha conquirent les petits royaumes himalayens du Garhwal, de Simur et de Kalkar. Progressant sous le commandement d’Amar Singh Thapa, ils allèrent jusqu’au fort de Kangra. N’arrivant, seul, à les repousser, Raja Samsar Chand de Kangra appela à son aide Ranjit Singh, le puissant maître du Panjab voisin. Les Gurkha furent vaincus, mais la principauté de Kangra dut abandonner soixante-six de ses villages à Ranjit Singh. En 1815, une expédition militaire britannique, soutenue par la plupart des chefferies locales, libéra les principautés du Sud-Est. Ne désirant pas conquérir de nouveaux territoires, les Anglais décidèrent de rétablir ces petites Etats dans leurs droits antérieurs, concluant des traités d’alliance avec chacun d’eux et les plaçant sous la surveillance du commissariat britannique de Delhi.

En 1848, les Britanniques défirent les sikhs, qui avaient annexé quelques années auparavant les Etats de Mandi et de Kullu, auquel le Lahaul était rattaché. L’ensemble des petites principautés comprises entre la Chenab et la Yamuna passa alors sous le contrôle direct ou indirect de la Compagnie des Indes Orientales, puis, en 1858, sous l’autorité de la Couronne britannique. Si certains petits Etats restèrent sous l’autorité de leur prince, d’autres, démantelés, furent, dès lors, directement administrés par les Anglais.

En 1948, les territoires désignés collectivement sous le nom de Punjab Hill States, au nord-ouest, et de Simla Hill States, au sud-est, devenaient indiens. En 1966, après une vingtaine d’années de réformes administratives, l’Etat d’Himachal Pradesh (constitué, au départ, de deux blocs, séparés par les districts de Kangra et de Kulu et le Lahaul-Spiti rattachés alors au Gouvernement du Panjab) trouvaient ses dimensions actuelles : 55.700 km². Le 25 janvier 1971, il faut reconnu comme le 18ème Etat à part entière de l’Union indienne. Découpé en douze districts (Chamba, Lahaul-Spiti, Kangra, Una, Hamirpur, Bilaspur, Mandi, Kulu, Solan, Kinnaur, Simla et Sirmur), il compte actuellement quelque 5.200.000 habitants." [La population est passée à plus de 6.000.000 d’habitants en 2001, voir ci-dessous.]

Données géographiques

Superficie : 55.780 km²
Coordonnées géographiques : 30°22-30°12 N, 75°47-79°4 E
(à peu près à la même latitude que le centre du Maroc)
Altitude : de 450 m à 6.500 m
Capitale de l’Etat : Shimla

L’Himachal Pradesh est situé sur la partie centrale de l’Himalaya occidental. L’Etat est bordé au nord par le Jammu-et-Cachemire, au sud-est par l’Uttaranchal, au sud par l’Haryana, à l’ouest par le Punjab et à l’est par le Tibet.

Le système montagneux de l’Himalaya occidental est formé de chaînes parallèles de direction nord-ouest / sud-est, tout comme le système principal. Chacune de ces chaînes s’élève graduellement depuis les collines des Siwaliks au sud jusqu’aux sommets les plus hauts du Ladakh, du Spiti et du Kinnaur, où ils culminent pour former la grande barrière du Grand Himalaya, ligne de partage des eaux entre le sous-continent indien touché par la mousson et le plateau aride tibétain. Puis le système décline vers le nord-est en de nombreuses chaînes secondaires connues sous la dénomination de "Trans Himalaya". Le système montagneux de l’Himalaya occidental peut-être "découpé" en quatre ensembles successifs :

(1) les Siwaliks, premiers contreforts, en contact avec les plaines indiennes ;

(2) la Frange Himalayenne ou "Sub-Himalaya", première barrière à la neige, "avant-poste" du système montagneux, qui atteint son élévation maximum entre les rivières Ravi et Beas, dans le segment appelé Dhauladhar ;

(3) le Moyen Himalaya, qui prend naissance à l’ouest entre les rivières Swat et Panjkora et s’élève vers l’est jusqu’en Uttaranchal, où elle culmine dans le massif des pics de Jamunotri : chaîne de Swat, chaîne du Pir Panjal, chaîne du Lahaul, chaîne de Bushahr ;

(4) le Grand Himalaya (ou "Trans-Himalaya") : véritable labyrinthe de différentes chaînes qui, après avoir atteint leur hauteur maximum au Ladakh, au Spiti et au Kinnaur, déclinent vers le nord-est en de nombreuses chaînes secondaires parallèles, aux sommets aplatis, "semblables à des icebergs massifs flottant au-dessus d’une mer de nuages effilochés".

L’Himachal est assez représentatif de ces divers ensembles géographiques :

- dans les Siwaliks, l’altitude des collines ne dépasse pas les 600 mètres ; le terrain est constitué de couches de sédiments de composition très diverse, largement modifiées par l’érosion et les effets de la déforestation ;

- la frange himalayenne se manifeste par une élévation progressive vers les chaînes du Dhauladhar et du Pir Panjal. Cette élévation est plus rapide dans les collines de Shimla, au sud desquelles se situe le pic Chandni (3647 m). Au nord de la rivière Sutlej, cette montée est plus marquée encore. La vallée de Kangra est une cuvette longitudinale qui borde la chaîne du Dhauladhar, dont le nom signifie "la montagne blanche" : d’une altitude moyenne de 4550 m, le Dhauladhar s’impose comme une véritable muraille de plus de 3600 mètres au-dessus de la vallée. La chaîne la plus importante est la chaîne du Pir Panjal, "rejet" du Grand Himalaya prenant naissance près de la rivière Sutlej. Le Pir Panjal est couvert de plusieurs glaciers importants et coupé par plusieurs cols, dont le col du Rohtang (3980 m) est probablement le plus connu.

- La chaîne du Grand Himalaya (entre 5000 et 6000 m d’altitude) court le long de la frontière orientale (tibétaine) et est entaillée par la rivière Sutlej. Les sommets les plus connus sont le Deo Tibba (6001 m) et l'Indrasan (6220 m), le Kangla (5248 m), le Bara Lacha (4512 m), le Parang (5548 m) et le Pin Parbati (4802 m). La chaîne la plus orientale, la chaîne du Zanskar [à ne pas confondre avec la vallée du Zanskar, dans l’Etat du Jammu-et-Cachemire], qui sépare le Kinnaur et le Spiti du Tibet, compte des sommets pouvant atteindre plus de 6500 m d’altitude: le Shilla (7026 m) et le Leo Phargyal (6791 m) sont les plus élevés et les plus connus.

Le système hydrographique d’Himachal Pradesh est composé à la fois de rivières et de glaciers. La vallée du Lahaul, surnommée la "vallée des glaciers" est surmontée d’impressionnants glaciers, dont le Bara Shigri, l’un des plus grands d’Asie, long d’une trentaine de kilomètres. Les torrents himalayens forment un véritable réseau à travers toute la chaîne : les principaux cours d’eau sont la Chandra Bhaga (appelée Chenab dans son cours inférieur), la Ravi, la Beas, la Sutlej et la Yamuna. Ces torrents et cours d’eau sont alimentés par la fonte des neiges et des glaciers ainsi que par les précipitations d’hiver et d’été et connaissent un débit important toute l’année. A son tour, l’Himachal Pradesh alimente de ses eaux les bassins de l’Indus et du Gange.

La flore et la faune

Selon certaines estimations, 68% des sols en Himachal Pradesh seraient recouverts de forêts. Dans le sud de l’Etat, on note une prédominance de sal (Shorea Robusta), de shisham, de pin, d’arbres aux feuilles persistantes sèches et de forêts humides. Dans la zone tempérée d’Himachal poussent des chênes, des cèdres deodar, des pins de l’Himalaya ou Pins pleureurs de l’Himalaya (Blue pine), des sapins et des épicéas. Dans les zones plus en altitude, aulnes, bouleaux, rhododendrons et arbustes alpins sont endémiques. La floraison des rhododendrons peut être admirée sur le haut des "collines", notamment autour de Shimla, de mars à mai.

L’Himachal est également connu pour ses vergers, notamment ses pommiers qui vont la fierté des vallées de Kullu et de Sangla et sont exportées principalement sur Delhi. Prairies et pâturages s’accrochent aux pentes les plus abruptes. A la fin de l’hiver, collines et vergers éclatent de fleurs sauvages. Glaïeuls, œillets, œillets d’Inde, roses, chrysanthèmes, tulipes et lis sont cultivés avec soin. En juillet et août, de nombreuses plantes sauvages utilisées par les pharmacopées indiennes et tibétaines sont récoltées en altitude, notamment sur les pentes du col du Rothang. Le gouvernement d’Himachal Pradesh s’attache à promouvoir la flore locale et faire de l’Etat le "panier fleuri du monde"…

Dans les zones désertiques d’altitude (notamment au Spiti et au Haut Kinnaur), qui connaissent un climat conditionné par un fort ensoleillement, des pluies rares, des vents violents et des hivers très rigoureux, la végétation est beaucoup plus rare. Les plantes caractéristiques sont celles qui ont pu s’adapter à un été très court : tamaris, argousiers, myricaires, églantiers, autant d’arbustes épineux couverts de fleurs éclatantes dès le mois de juin. Le seul arbrisseau endémique est le genévrier, le fameux Juniper macropoda, que l’on aperçoit près des monastères et de certains villages où cette essence est protégée : le monastère de Lahlung au Spiti, à plus de 4000 mètres d’altitude, s’enorgueillit d’un genévrier de plus de 1.000 ans…). Dans les vallées colonisées par l’homme, certaines essences comme le peuplier et le saule (utilisés dans les constructions locales), l’abricotier et le pommier ont été acclimatées à des fins économiques.

L’Himachal Pradesh est connu pour sa faune extrêmement diversifiée, qui compte cependant de nombreuses espèces en voie de disparition. Plus de 1200 espèces d’oiseaux et 359 espèces de mammifères sont répertoriées, et parmi les espèces les plus connues figurent le léopard des neiges, le bharal (« blue ship »), le bouquetin d’Asie (« Ibex »), le daim musqué, le loup tibétain et le magnifique monal (oiseau emblématique de l’Etat). Chiens sauvages, renards et ours bruns ne sont pas rares. Une douzaine de parcs nationaux et sanctuaires ont été créés en Himachal afin de préserver la faune et la flore sauvages, comme le Parc National du Grand Himalaya dans le district de Kullu, ainsi que le Parc National de la Vallée de la Pin, ouvert en 1987 au Spiti afin de conserver la flore et la faune de cette zone désertique d’altitude.

Economie

L’ère de la planification ne commença en Himachal Pradesh, comme dans le reste de l’Inde, qu’en 1948. Le premier plan quinquennal attribua 5,27 milliards de roupies à l’Himachal et plus de 50% de cette somme fut dépensé pour la construction de routes : en effet, il n’était pas pensable, sans voies de communication appropriées, de développer et planifier l’économie, la plus grande partie de la population vivant alors en autarcie dans des zones inaccessibles.

L’agriculture représente 45% des revenus nets de l’Etat et la principale source de revenu et d’emploi en Himachal. Plus de 93% de la population en Himachal dépend directement de l’agriculture, qui fournit un emploi direct à 71% de la population. Les principales céréales cultivées sont le blé, le maïs, l’orge et le riz. Les vergers de pommiers (Kullu, Sangla) fournissent des revenus conséquents, avec souvent deux récoltes par an, et d’autres fruits sont également cultivés (poires, kiwis, cerises, abricots). Au Lahaul-Spiti, malgré des conditions climatiques drastiques et un été très court, la récolte de petits pois et de pommes de terres procure des revenus très importants car il s’agit de la récolte la plus tardive en Inde. Des plantations de thé entourent également la petite ville de Palampur (Kangra).

L’exploitation des forêts de cèdres (notamment) est très strictement réglementée par le Département des Forêts et fournit des revenus très importants.

L’élevage constitue une activité traditionnelle importante, notamment l’élevage transhumant des moutons et chèvres venus de la vallée de Kangra et rejoignant les hauts pâturages en été, menés par les bergers semi-nomades gaddhis. Il existe également une transhumance des troupeaux de buffles élevés, pour leur lait, par des bergers Gujjars et les familles de cette ethnie sillonnent routes et sentiers d’Himachal tout au long de l’été à la recherche de riches pâturages.

L’activité artisanale, de très bonne qualité (voir ci-dessous), a décliné face à la compétition des produits manufacturés de grande consommation, à partir des années 1970. Cependant, grâce à des techniques de commercialisation adaptées et à l’afflux touristique, la demande est à nouveau en augmentation depuis une vingtaine d’années, et l’artisanat himachali est populaire à la fois en Inde mais aussi à l’étranger.

L’Himachal Pradesh possède des ressources hydro-électriques exceptionnelles, avec un potentiel représentant 25% du potentiel national. On estime que la capacité pourrait atteindre de 20.300 MW et de nombreux projets hydro-électriques de tailles diverses sont en cours de réalisation sur les cinq principaux bassins. Des ouvrages de très grande envergure sont implantés dans les vallées de Kullu mais aussi sur la Sutlej et la Baspa (dont le très impressionnant barrage de Karcham), parfois au mépris de l’environnement et de l’intérêt immédiat des populations locales.

L’activité touristique (nationale et internationale) représente également une source de revenus très importante (mais aussi un renchérissement du coût de la vie) dans des villes telles que Shimla, Manali, Kullu, Mandi, Dharamsala, Chamba et Dhalousie. Les très beaux paysages de montagne offrent des cadres de tournage très appréciés des productions cinématographiques, qui à leur tour deviennent un élément moteur de l’économie locale.

Longtemps considéré par le reste de l’Inde comme un Etat "arriéré", l’Himachal Pradesh a connu, dans certaines poches de développement, une croissance très rapide, grâce aux nouvelles techniques et nouvelles productions agricoles, au développement du réseau de communications, mais surtout du fait des sommes considérables investies par l’Etat et par des groupes industriels pour l’exploitation des ressources hydro-électriques. L’Himachal est maintenant au 4ème rang, au sein de l’Union Indienne, en termes de revenu par tête. Le gouvernement d’Himachal Pradesh s’enorgueillit d’avoir pu atteindre le premier cet objectif national : que chaque famille possède un compte en banque.

Population

Selon le recensement effectué en 2001, la population atteindrait 6.077.248 personnes en Himachal. Ce chiffre n’est cependant qu’une estimation puisqu’il inclut également une estimation de la population du Kinnaur, district rendu non accessible au moment du recensement par des glissements de terrain et autres "calamités" naturelles. L’Himachal se situe toujours à la vingt-et-unième place au niveau de la population nationale et le nombre d’habitants dans l’Etat s’est élevé de 17,53% par rapport au recensement précédent (1991). Le nombre de femmes pour mille hommes, qui s’élevait à 976 en 1991, est passé à 970. Le taux d’alphabétisation est passé de 63,94% en 1991 à 77,13% en 2001 et l’Himachal Pradesh se situe parmi les Etats les plus avancés sur ce plan.

Plusieurs communautés "tribales" vivent en Himachal : Gaddis, Kinauris, Gujjars, Pangawals, Lahaulis et Spitiens. Les Gaddis sont les bergers traditionnels qui migrent des basses vallées vers les pâturages d’altitude en été. Les Kinnauris sont les habitants de la région du Kinnaur et leur organisation sociale traditionnelle inclut la pratique de la polyandrie et de la polygamie. Les familles nomades Gujjars élèvent des troupeaux de buffles. L’Himachal Pradesh compte également des communautés descendant d’ethnies venues de Mongolie vers le début du premier millénaire avant JC, de langue sino-tibétaine, identifiées dans la littérature védique sous l’appellation de Kiratas, populations toujours présentes au Lahaul-Spiti et au Kinnaur. Les Tibétains réfugiés en Himachal depuis la fin des années 1950, à Dharamsala et dans la vallée de Kangra, représentent une communauté importante.

Environ 95,4% de la population d’Himachal est de culture hindoue (ce qui représente la plus forte proportion au niveau national), mais on compte également 2% de musulmans, 1,2% de sikhs et 1,2% de bouddhistes (notamment au Lahaul-Spiti où la population est majoritairement bouddhiste). Les castes hindoues les plus représentatives sont les Brahmanes, les Rajputs, les Kannets, les Rathis et les Kolis.

L’hindi et le punjabi sont les langues dominantes, avec l’anglais (langue officielle), en Himachal Pradesh, mais de nombreux dialectes pahari ("de la montagne") sont également parlés, souvent à l’échelle d’une seule vallée et même d’un seul village (comme à Malana, qui possède son propre dialecte) : la plupart sont de racine indo-aryenne, comme le Kullui, le Dogri, le Chambeali, le Kangri, etc. dans les vallées tempérées. A des altitudes plus élevées, les dialectes tels que le Bhoti du Kinnaur ou du Spiti, le Chitkuli, etc., qui font partie du groupe tibéto-birman, correspondent plus aux zones de culture bouddhiste.

Culture

Longtemps protégées par un relief extrêmement cloisonné, les petites communautés montagnardes de l’Himachal Pradesh ont été épargnées par les invasions répétées venues du nord-ouest (Grecs de Bactriane, Turcs, Mongols, Persans et Afghans) que subirent les Etats voisins du Punjab et du Haryana. Ainsi, les modes de vie traditionnels et la culture locale sont restés intacts pratiquement jusque dans les années 1960 pour certaines vallées (avant le développement des voies de communication et l’arrivée de la télévision) et même jusqu’à la fin des années 1980 pour une vallée comme le Spiti, qui n’a été ouverte aux visiteurs étrangers qu’en 1992. Même si, à l’heure actuelle, la vie quotidienne en Himachal Pradesh évolue très rapidement, dans tous les villages le fondement sociologique traditionnel est toujours extrêmement présent.

En Himachal, l’identité multi-culturelle est remarquablement forte. Cette identité est reflétée par l’artisanat, la musique et les danses locales, les nombreux festivals souvent centrés autour du culte des divinités de villages.

Art, architecture, artisanat

L’Himachal possède un riche héritage artisanal : châles en laine de chèvre simple ou pashmina, tapis, travail de l’argent et des métaux, du bois, sandales de fibres de chanvre (bhang) brodées, bijoux, ustensiles ménagers traditionnels, etc. Le tissage des pattus (sorte de couverture-manteau toujours portée par les femmes des villages) est toujours réalisé à la maison, sur un métier à tisser à pédales en bois. Les bergers Gaddis et leurs familles cardent, filent et tissent la laine et le duvet ventral que les chèvres sauvages pashmina perdent avec les premières chaleurs estivales mais les châles les plus courants sont faits de simple laine de mouton. Un autre élément essentiel du costume montagnard, porté indifféremment par les hommes et les femmes, est le topi, chapeau en laine rond et plat avec un rabat en velours vert, noir ou grenat (Kinnaur) ou en laine tissée en motifs géométriques multicolores (Kullu).

Tradition picturale : La tradition picturale en Himachal vit le jour au XVIIème siècle, sous l’influence d’artistes de l’école rajpoute et de peintres moghols. L’école la plus célèbre est l’école de Kangra dont les miniatures de style pahari "se caractérisent par un trait d’une grande finesse, des mouvements nets et linéaires, des couleurs franches et lumineuses, et une extrême minutie dans le dessin des détails secondaires". Ces peintures tirent leur inspiration dans le Ramayana et surtout dans les poèmes dévotionnels à Krishna (musée Buri Singh de Chamba, musée de l’Himachal à Shimla, musée national à Delhi). Les rumal (mouchoirs) sont une autre facette de cet art pictural original : ces tableaux étaient brodés par les femmes de l’aristocratie avec des fils de soie, d’argent et d’or, souvent sur les deux faces, et puisaient également leur inspiration dans la geste de Krishna. Leur fonction étaient souvent rituelle, pour envelopper des cadeaux ou présenter les livres sacrés et les images des dieux, et s’échangeaient durant les mariages. Le Musée Guimet à Paris possède un exemplaire de ces magnifiques rumal.

Le travail du bois (cèdre déodar, noyer ou shisham – arbre de la famille des acacias, noir et dur) est un élément important de la vie culturelle en Himachal : l’habitat traditionnel et les temples locaux, dont les fenêtres, portes, balcons et parements de façade délicatement sculptés de motifs floraux, animaliers ou anthropomorphes (danseuses, cavaliers ou figures divines) témoignent encore de la richesse de cet art. Cependant, du fait des incendies, de la rigueur du climat, des tremblements de terre répétés (notamment celui de Kangra en 1905), peu de bois anciens sculptés sont encore visibles, d’autant plus que la tendance actuelle est à la reconstruction quasi totale des temples en bois, certes à l’identique mais avec des variantes et, malheureusement, une qualité moindre dans la représentation iconographique.

La musique et les danses locales (naati) sont un élément important de la culture himachali et accompagnent invariablement les cultes des divinités pendant les nombreux festivals religieux et à l’occasion des fêtes familiales. Hommes et femmes aiment chanter : les jhoori sont des chansons, populaires dans les districts de Mahasu et Sirmaur, qui célèbrent des romances extra-conjugales et sont accompagnées par une danseuse appelée jhoomar ; dans le district de Kullu, les chants laman sont également des chansons d’amour. Pendant les festivals, les chants sanskara basés sur des ragas issus du répertoire classique indien, sont chantés, dans la vallée de Kullu, par les femmes de castes élevées. Des chants religieux (Aichaliyan) sont chantés devant la maison de la mariée et au domicile des jeunes célibataires. Dans les vallées de Chamba et de Pangi, des musiciens itinérants se déplacent de maison en maison en jouant du khanjari (tambourin) et en interprétant des scénettes avec des marionnettes.

Un système religieux original

Un certain nombre de fêtes et festivals religieux rythment les saisons et revêtent une importance particulière dans toutes les vallées d’Himachal et notamment dans la vallée de Kullu, également appelée "Vallée des mille dieux". Chaque village possède sa divinité propre, différente du panthéon hindou traditionnel, qui régit toute la vie sociale et religieuse de la communauté villageoise : aucune décision importante n’est prise sans l’accord de la divinité (devta) et c’est un oracle (gur) qui sert de vecteur de communication entre la population et la divinité. Ces divinités peuvent être des personnages mythiques divinisés (comme Hadimba Mata à Dhungri et Old Manali), des formes particulières de certaines divinités "classiques", des saints (rishis) ayant eu la révélation des textes sacrés (comme Vashisht rishi dans le village de Vashisht ou Manu rishi dans le village de Old Manali). Les oracles sont "révélés" et rentrent en transe pendant les rituels ou les cérémonies pour pouvoir communiquer avec la divinité ; ce phénomène de possession et le système sociologique qui en découle sont très bien décrits par Madame Daniela Berti, chargée de recherche au CNRS, UPR 299 Milieux, Sociétés et Cultures en Himalaya, qui étudie la vallée depuis plusieurs années (« La Parole des dieux. Rituels de possession en Himalaya indien » Paris, CNRS Editions, 2001) (Site du CNRS : http://www.vjf.cnrs.fr/himalaya/fr/membres/dberti.htm).

Ce système religieux particulier trouve son apothéose annuelle lors du festival de Dusserah (septembre-octobre) qui, dans la ville de Kullu, se déroule avec une semaine de décalage par rapport au reste de l’Inde : toutes les divinités des villages de la vallée, menées par la "grand-mère" Hadimba Mata, sont portées par un groupe de villageois sur une sorte de palanquin (le raath) et, après avoir présenté leurs hommages à Ragunath (divinité tutélaire de l’ancien raja de Kullu) et au "descendant" du raja de Kullu, dans son palais, résident une semaine entière sur le maidan (pelouse) de Kullu. Seul Jamlu, dieu de Malana, ne se joint pas aux autres divinités et reste sur l’autre rive de la rivière Beas. Le dernier jour de Dusserah, une grande procession rassemblant l’ensemble des divinités derrière l’impressionnant palanquin de Ragunath, au milieu de milliers de visiteurs et dévots, représente le point culminant de cet événement religieux, doublé d’une grande foire commerciale, de compétitions sportives ou de spectacles folkloriques mais également porteur d’enjeux politiques locaux importants.

Article rédigé par D. Dufau (sources: ouvrages de Monsieur O.C. Handa, chercheur indien, Shimla, notamment "Buddhist monasteries of Himachal Pradesh", ed. Indus Publishing; "Wooden temples of Himachal Pradesh", de Mian Goverdhan Singh, ed. Indus Publishing; "Le Grand guide de l'Inde du Nord-Ouest", ed. Gallimard; encyclopédie Wikipedia; notes et observations personnelles)

Cette présentation sera complétée dans les prochains mois (notamment avec des articles sur les zones bouddhistes d'Himachal Pradesh et les principaux temples bouddhistes et hindouistes d'Himachal)

 

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